11 décembre 2020 - Revue de presse

Le temps: La Clinique de La Source apporte l’hôpital à la maison_

Soins à domicile

 

Riche d’une histoire de près de 130 ans, la clinique lausannoise La Source étend son rayon d’intervention par une prise de participation majoritaire, en juin 2020, dans une organisation de soins à domicile privée

«Cela faisait déjà bien trois ou quatre ans que nous y réfléchissions, relève Dimitri Djordjèvic, directeur général de la Clinique de La Source. La reprise d’une activité d’aide et de soins à domicile nous permet désormais d’offrir nos prestations tout au long du parcours du patient, des entrées en urgence avec le groupe Vidy Med, partenaire de longue date, jusqu’aux soins à domicile, qu’ils soient postopératoires ou non. Mais nous ne voulions pas nous lancer seuls dans une activité pour nous toute nouvelle. Si bien que nous avons cartographié une dizaine de prestataires OSAD (Organisation de soins et d’aide à domicile) et pris des contacts.»
Au printemps 2020, La Source a repris la majorité (65%) des actions d’UniQue Care, fondée en 2013 à Lausanne par Cristina Blanco Doomun, dont les infirmières spécialisées et auxiliaires de santé, aides-soignantes et assistantes en soins et santé communautaire (ASSC) interviennent auprès de toute personne ayant perdu, même partiellement seulement, son autonomie. C’est ainsi que La Source à domicile a été lancée à la mi-juin 2020.


«N’allez pas croire que c’est une activité très rentable, prévient Dimitri Djordjèvic. Le domaine est d’ailleurs strictement réglementé par la LAMal et les tarifs sont unifiés. Disons que la plupart des sociétés qui opèrent dans le canton s’en sortent. Quant à nous, nous avons estimé que cette activité nous permettrait d’accompagner mieux encore nos patients, y compris lors de leur retour à domicile.»

 

Assurer le suivi postopératoire

Il faut savoir qu’avec la hausse continue des coûts de la santé, les établissements hospitaliers, qu’ils soient publics ou privés, sont soumis à une forte pression pour réduire les durées de séjour de leurs patients, voire les traiter en hôpital de jour (en ambulatoire). De sorte que, si les patients, à la sortie, ont certes été soignés et, pour l’essentiel, guéris, certains ont encore besoin de soins infirmiers. «Avec La Source à domicile, nous les aidons à retrouver plus rapidement et dans une plus large mesure leur autonomie», souligne Dimitri Djordjèvic.


Les organisations d’aide et de soins à domicile sont souvent perçues comme un service aux personnes du 3e et du 4e âge qui rechignent à vivre en EMS et souhaitent demeurer chez elles aussi longtemps que possible. «Or, nuance Dimitri Djordjèvic, n’importe qui peut en avoir besoin, pour un temps limité, à un moment ou un autre de son existence. Notamment après une période d’hospitalisation.» «L’idée est d’assurer le suivi des patients relevant d’opérations, complète Chantal Montandon, directrice des soins infirmiers de la Clinique de La Source. Si le cœur de métier consiste habituellement dans les soins infirmiers de base, nous y ajoutons le suivi postopératoire par des infirmières spécialisées. Imaginez des pansements compliqués à changer quotidiennement: nous nous rendons au domicile du patient et le faisons dans les règles de l’art, ce qui lui évite de se rendre tous les jours à la clinique ou dans un cabinet médical. Dans la mesure du possible, nous veillons à ce que ce soit toujours la même personne qui suive le même patient. Or cette personne a déjà vu le patient avant sa sortie de l’hôpital, elle sait comment se déroule l’opération, quel est le matériel utilisé. Autrement dit, elle parle la même langue que lui.»

 

Un modèle réellement novateur

Les soins apportés sont très variés et vont du contrôle des indicateurs de santé à l’administration de médicaments, en passant par les soins d’hygiène. «C’est un aspect réellement novateur, insiste le directeur de la Clinique de La Source. Il s’apparente à un nouveau modèle de prise en charge et de soins, essentiel pour le patient qui sera toujours mieux chez lui, à la maison, qu’en hôpital. Et il répond à la pression croissante des coûts de la santé.»


Dimitri Djordjèvic ose une image: «Ce que nous voulons, c’est amener une partie des soins infirmiers postopératoires à domicile.» Une évolution qui paraît inéluctable vu la courbe démographique. «Dans vingt ans, on comptera plus de retraités que d’actifs, la demande ne peut que s’étendre.» Et en tant que directeur d’une clinique liée à une haute école, il se représente très bien l’avenir: «Au lieu de se former uniquement à l’hôpital, les étudiant(e)s iront aussi chez les patients. Nous développons déjà l’apprentissage des gestes à domicile. Un enseignement qui est dans le droit fil de ce qu’elles et ils font déjà dans l’appartement simulé que L’Ecole La Source a installé tout à côté, à Beaulieu.»

 

L’explosion des coûts de la santé

En 2018, derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique disponibles, les dépenses de santé ont totalisé 80,2  milliards de francs, soit 11,2% du produit intérieur brut. Certes cela ne représente que 0,8% de plus que l’année précédente et c’est une victoire si l’on songe que, sur les cinq années précédentes, la hausse moyenne était de 3%. Depuis 1996, date de l’entrée en vigueur de la LAMal, les coûts du système de santé helvétique ont plus que doublé en une vingtaine d’années, passant de 37,7 à 80,2 milliards.


Outre la pression sur les coûts exercée notamment par les caisses maladie, l’évolution démographique exige elle aussi des solutions: l’espérance de vie de la population croît de manière continue, de 82,5 ans en 1999 à 85,6 ans en 2019 pour les femmes, de 76,8 à 81,9 ans pour les hommes. Mais si l’on vit plus longtemps, on vieillit aussi mieux. Les personnes âgées et très âgées sont nombreuses à souhaiter demeurer chez elles tant que faire se peut.

 

Plus de 33 000 bénéficiaires vaudois

Dans le canton de Vaud, depuis 2015, 55 centres médico-sociaux (CMS) sont gérés par l’Association vaudoise d’aide et de soins à domicile (Avasad, de droit public), qui assure un peu plus de 80% des interventions à domicile. Et une quarantaine d’organisations de soins à domicile privées (OSAD) travaillent également sur le canton, sans parler des infirmières et infirmiers indépendant(e)s, qui sont plus de 200. Au total, en 2018, quelque 3500 personnes œuvraient dans les soins à domicile, parmi lesquelles 2245 avec une formation pointue. Un véritable marché. Et le canton comptait alors 33 272 bénéficiaires, dont 27 000 avaient fait appel à l’Avasad, un peu moins de 4000 à des organisations privées et 2285 à des infirmières ou infirmiers indépendant(e)s.


La Source à domicile compte actuellement une quinzaine de collaboratrices et concentre son travail sur le canton de Vaud. Chantal Montandon: «A terme, si l’activité prospère, nous envisageons de créer des structures satellites, de recourir selon les cas à des infirmières indépendantes. C’est un métier de proximité. Pour intervenir, disons, à la vallée de Joux ou au Pays-d’Enhaut, il faut du personnel qui vit sur place.»

Gian Pozzy
Parution: Le temps, vendredi 11.12.2020